Haïti-Culture : Le rara et la mort du major-jonc

Source Idson Saint-Fleur / saintfleuri14@yahoo.fr  | hpnhaiti.com

 

 

 

 

Traditionnellement, durant la semaine sainte, les chrétiens catholiques et protestants se mettent en situation pour commémorer la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Parallèlement, des fidèles du vaudou se préparent à faire danser rara. Le temps, une fois venu ; les préparatifs, une fois bouclés ; les bandes de rara défilent à travers le pays, traversant mornes et plaines, villages et villes au son du tambour et des vaccines. Mais les observateurs d’antan encore de service aujourd’hui peuvent bien s’en rendre compte : les bandes de rara ont beaucoup perdu de leur art

Les transformations auxquelles la société haïtienne est soumise touchent dans les racines la composition et le mode de fonctionnement des troupes de rara. Le plus grand concert annuel qu’elles offrent à leurs fanatiques durant la période pascale laisse manifester les méfaits de ces profonds changements.

Pour Pâques 2017, des bandes de rara croisées sur les routes ; des reportages diffusés principalement par la Télévision nationale traduisent la transmutation que vivent ces groupes d’animation populaire bénis par les esprits du vaudou.

Il est à observer que la composition des raras, dans certaines contrées du pays, s’amenuise. Des orchestres bien gonflés, poussant une musique capable de soulever par vagues de  grandes foules, sont de plus en plus rares. L’harmonie du tambour et de la ligne des vaccines qui savaient porter très loin la musique des raras n’existe presque plus. Ne disposant plus d’un corps de musiciens assez bien constitué, le rara sort des chants qui permettent de comprendre toute la prostration de ses membres. Les groupes sont vidés de leur essence ; ils n’ont plus de magnificence.

La mort du major-jonc

Le major-jonc est mort ! Ce chorégraphe, dans l’élégance de son habit, était objet d’une belle curiosité. Sa chemise traditionnelle couverte de paillettes multicolores, de lamelles de miroirs ; son pantalon surmonté d’un tour de mouchoirs aux couleurs vives complétait la beauté de la tenue.

Le major-jonc, un chorégraphe… de talent, pour la plupart. Avec son jonc saupoudré de légers réflecteurs, il se donnait à cœur joie en spectacle. D’une seule main, il savait faire tournoyer avec une dextérité étonnante cet instrument qui était son domaine de  définition. Dans le plein de l’action, cet artiste de la jonglerie pouvait balancer le jonc pour le récupérer promptement sur une distance de plusieurs mètres sans perdre pour autant ni la cadence ni le rythme de sa danse.

Dans la démonstration de son talent, le major-jonc se mettait presque par terre pour vendre son art aux yeux sceptiques. Il pouvait ainsi multiplier les positions de voltigeur tout en gardant le contrôle de son instrument. En vérité, les faux pas étaient rares ! Et quand il en eut, la récupération faite avec tant de rapidité devenait un élément excitant de la prestation.

Mais, ce prototype historique de cet artiste enjôleur de la paysannerie a disparu. De nos jours, là où quelques hommes ingénus tentent de jouer au major-jonc, les résultats sont décevants. L’art est absent. Les maîtres sont partis, leur savoir-faire avec.

Où est la reine-chanterelle ?

Où est passée la reine-chanterelle ? Cette femme bien mise dans de grandes robes chatoyantes est manifestement introuvable dans les raras. Elle était l’autre grande attraction de cette manifestation populaire. Les chants qui sortaient de sa gorge, les danses portées par des déhanchements voluptueux et concupiscents donnaient vie au rara. À travers le pays, l’archétype de la reine-chanterelle n’est plus. Le moule a cassé.

Depuis des temps, les coryphées qui s’essaient à cet art n’ont plus d’inspiration. On dirait qu’elles n’ont rien reçu en termes de transmission de savoir-faire de la part  des ainées. Leur imagination est sèche. Pas d’intuition créatrice. Elles n’ont pas de souffle ni d’harmonie dans leur voix ; leurs corps raides arrivent difficilement à cacher leur ignorance des fondamentaux des danses traditionnelles et leur inexpérience. Les muscles ne sont pas travaillés le temps qu’il fallait par des exercices de chorégraphie pédagogique. De la matière brute qui n’a pas été soumise à l’épreuve douloureuse, mais bonifiant du rabot.  Tout comme le major-jonc, le vrai modèle de la reine-chanterelle se retrouve désormais dans les livres de description du folklore haïtien.

Il ne manque que le swagg !

L’acculturation par le bas gagne le rara. L’art d’émerveiller les gens est devenu très pauvre. Donc, sans grand intérêt. Le rara a subi les assauts de l’uniformisation mondialisée des tenues vestimentaires des éléments des couches défavorisées d’où sont tirés ses principaux animateurs. Les habits typiquement haïtiens sont de moins en moins portés par les fêtards.

Les jeans et t-shirts des marques internationales produisant pour les pays pauvres et la contrefaçon ……………..lire la suite sur hpnhaiti.com

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