Analyse des développements observés dans l’économie haïtienne au deuxième trimestre de 2015-2016

La BRH vient de publier la note sur la politique monétaire pour le deuxième trimestre de l’année fiscale 2015-2016, cette période couvrant les mois de Janvier, Février et Mars 2016. En effet, ce rapport trimestriel analyse les développements observés dans l’économie haïtienne au niveau plusieurs indicateurs du secteur réel, monétaires, commerciaux, mais également au niveau des finances publiques.

Sur le plan interne, le deuxième trimestre de l’année fiscale 2015-2016 a été marqué par une relative contraction de l’activité économique en particulier dans l’industrie et le commerce. Cette évolution reflète la réduction de l’offre alimentaire, découlant de la sécheresse qui a affecté les principales régions de production agricole du pays, et la diminution des importations de biens.

En effet, selon la CNSA, la période allant d’octobre à décembre 2015, qui marque la saison des récoltes des cultures d’automne a été affectée par le démarrage tardif de la saison pluvieuse et des périodes sèches enregistrées en septembre 2015. Conséquemment, la récolte du printemps dont l’apport à la production agricole annuelle est de plus de 50%, a été estimée à moins de 50% de la moyenne historique. Ce repli de l’offre de produits alimentaires locaux a contribué à une accentuation des pressions inflationnistes tant en variation mensuelle qu’en glissement annuel. L’indice des prix à la consommation (IPC) a enregistré une augmentation en glissement annuel de 14,4% en février 2016 contre une progression de 12,5% en décembre 2015.

Au niveau du secteur externe, la dépréciation de la monnaie locale s’est poursuivie et les estimations pour le deuxième trimestre 2016 ont montré un accroissement du déficit commercial. En effet, le déficit de la balance commerciale a cru de 10,6% par rapport au trimestre précédent, imputable à une augmentation de 3,22% des importations conjuguées à une réduction des exportations. Parallèlement, les transferts privés reçus de l’étranger ont totalisé 684,5 millions de dollars sur les 5 premiers de l’exercice 2016, soit une progression de 8,23% en glissement annuel.

S’agissant des finances publiques, le deuxième trimestre de 2016 s’est déroulé dans un contexte marqué par un ralentissement du rythme d’exécution des dépenses publiques et une amélioration au niveau du recouvrement des recettes. En conséquence, une baise de plus de 24,45% des dépenses publiques a été enregistré au cours du deuxième trimestre de l’exercice en cours pour des dépenses de 19,5 milliards contre 23,1 milliards au cours du trimestre précèdent. De leur coté, les recettes collectées ont augmenté de 10,3% pour totaliser 18,11 milliards de gourdes contre 16,4 milliards de gourdes au premier trimestre.

Au niveau du système bancaire l’analyse des indicateurs financiers au cours du mois de janvier 2016 démontre la bonne performance du système. Cette performance s’est reflétée à travers l’évolution des ratios de rentabilité qui se sont améliorés en dépit de la détérioration de la conjoncture socio-économique du pays. En effet, le système bancaire a réalisé un bénéfice net de 763,85 millions de gourdes en janvier 2016 contre 352,14 millions en novembre, soit une croissance de 116% du bénéfice net en deux mois.

Bref, trimestre difficile pour l’économie haïtienne, pour les finances publiques et pour les citoyens moyens de ce pays, pourtant florissant pour les banques haïtiennes qui ont enregistré une croissance de leur bénéfice net de 116% entre novembre 2015 et janvier 2016. Pays de paradoxe. Economie atypique.

 

Etzer S. Emile, M.B.A

Economiste

Radio Vision 2000

etzeremile@gmail.com

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