Brésil-Économie: Les défis économiques qui attendent Dilma Rousseff au Brésil

Dilma Rousseff présidente sortante a remporté avant hier dimanche le second tour des élections présidentielles au Brésil, avec 51,64% des voix contre 48,36% pour son adversaire de droite Aécio Neves, du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB).

Maintenant, comment est la réalité au niveau économique au lendemain de cette réélection? La réponse est simple, elle est directe. Le Brésil de 2014 n’est pas le même qu’il y a quatre ans, quand Dilma Rousseff avait hérité de son parrain politique, Luiz Inacio Lula da Silva, d’une croissance économique de 7,5%.

La population était enthousiasmée avec l’amélioration du niveau de vie après huit ans du gouvernement de Lula qui avait sorti 29 millions de Brésiliens de la misère et augmenté comme jamais le crédit et la consommation.

Depuis, l’économie brésilienne a fortement ralenti jusqu’à entrer en récession au premier semestre. L’inflation est en surchauffe, l’industrie perd du terrain et les comptes publics se dégradent.

Le premier défi de Dilma Rousseff sera d’annoncer ce qu’elle fera avec la politique économique, les comptes publics et les ressources publiques restantes. La présidente doit essayer de récupérer la confiance perdue des secteurs économiques », estime José Francisco Lima Gonçalves, économiste chef de la banque d’investissements Fator. Même si le pays continue d’attirer d’importants investissements étrangers, « la confiance des entrepreneurs est à son niveau le plus bas des cinq dernières années et les investisseurs sont mécontents, affirme Richard Lapper, principal analyste de LatAm Confidential.

La septième économie mondiale est désormais très loin des autres pays émergents qui forment le groupe des « Brics » (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Si Dilma Roussef a poursuivi la politique sociale engagée par son prédécesseur et mentor Lula, son bilan économique fait aujourd’hui grise mine. On parle d’une croissance qui dégringole. Il faut dire qu’en 2014, le Brésil est tombé en récession, le PIB brésilien a reculé donc de 0,2 % au premier trimestre et de 0,6 % au deuxième trimestre.

Pour 2014, le gouvernement a nettement abaissé sa prévision de croissance à 0,9 % contre 1,8 %, tandis que la Banque mondiale table sur 1,5 %. Autre ombre au tableau : selon l’Observatoire français des conjonctures économiques, « le risque d’une récession en Argentine, troisième partenaire commercial du Brésil, pèse lourdement sur les conditions de la croissance dans les deux années à venir ».

Autre défi qui attend la présidente du Brésil, une inflation en hausse. En effet le Brésil continue d’avoir des prix à la consommation qui progressent trop rapidement : ils ont augmenté de 6,5 % en août selon les chiffres officiels (l’inflation constatée réellement au quotidien étant bien supérieure), soit le plafond de tolérance fixé par le gouvernement, qui souhaite ramener l’inflation sous les 4,5 %. La hausse de l’inflation affecte directement le pouvoir d’achat de la classe moyenne. Il faut dire que depuis 2003, plus de 40 millions de pauvres ont rejoint la classe moyenne et accédé à la société de consommation.

Quand aux chiffres relatifs a la balance des paiements, le Brésil a enregistré au cours des neuf premiers mois de 2014 un déficit courant par rapport aux États-Unis de 62.73 milliards de dollars, soit une augmentation de 4% par rapport à la même période de 2013, selon la banque centrale du Brésil.

Le défi fondamental est donc de relancer l’économie, mais ce qui risque de mettre en péril le social. Car il faudrait pour Dilma Roussef de couper dans les dépenses pour restaurer la confiance des investisseurs. Or, le doute persiste quant à la détermination du chef de l’Etat à réaliser un tel «ajustement». 

Le Brésil aura besoin de nouvelles orientations, de nouvelles mesures, d’actions concrètes pour relancer la croissance, contrôler l’inflation, redynamiser les exportations, et offrir une meilleure image aux investisseur dans un contexte ou les accusations de corruptions sont de plus en plus nombreuses.

En tout état de cause, compte tenu de ces difficultés multiples, Le Brésil, l’un de nos principaux partenaires, depuis l’administration Préval, ne pourra plus être aussi généreux avec Haïti ces jours ci.

Etzer Emile, M.B.A

Economiste

Radio Vision 2000

etzeremile@gmail.com

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