Les séropositifs en Haïti souffrent aussi des promesses de dons non tenues

En Haïti, qui peine toujours à se relever du séisme meurtrier de janvier, les malades du sida attendent, eux aussi, le soutien massif promis aux précédentes réunions, insistent les militants haïtiens venus manifester à la Conférence internationale sur le sida à Vienne.

Ils y ont dénoncé les difficultés rencontrées par les 120.000 personnes infectées par le VIH en Haïti, où les structures d’aides ont été réduites à peau de chagrin par le tremblement de terre.

« C’est très difficile pour les associations de travailler depuis le tremblement de terre, nous n’avons pas les moyens de fonctionner », explique Liony Acclus, responsable de la plateforme PHAP+, qui regroupe des associations de malades dans l’ensemble du pays.

A peine 10% des promesses de dons pour la reconstruction faites par la communauté internationale ont réellement été versées à ce pays, le plus pauvre du continent américain et durement touché par un tremblement de terre le 12 janvier, qui a fait plus de 200.000 morts et 1,2 million de sans-abri.

Au total 90% des fonds investis pour la lutte contre le VIH en Haïti viennent de l’étranger, précise M. Acclus.

« Depuis le séisme les programmes mis en place par les organisations internationales qui permettaient auparavant aux malades de gagner de l’argent ne fonctionnent plus », déplore Edner Boucicaut, responsable de l’ONG Housing Works en Haïti. Il rappelle que les tests de dépistage négatifs comme condition à l’embauche reste une pratique courante en Haïti.

« Il faut arrêter d’aider Haïti sur le papier, il faut passer à l’action », renchérit Liony Acclus.

« On a perdu 70% de notre espace de travail, mais cela ne nous empêche pas de travailler », affirme Jean-William Pape, directeur de l’ONG haïtienne Gheskio, plutôt optimiste quant à l’évolution de la situation des malades du VIH.

« La situation ne va pas empirer à cause du tremblement de terre, car les organisations de santé sont bien organisées », avance M. Pape.

« Avant la secousse tellurique, de bonnes choses étaient en cours à Haïti, notamment dans le secteur de la santé », a ajouté le directeur de Management for social health (MSH), Jonathan Quick, rappelant que le taux de la population infecté par le VIH est passé de 6,2% en 1993 à 2,2% au milieu des années 2000.

Les soins gratuits, le dépistage et les premiers traitements étaient disponibles, concède Edner Boucicaut, « mais nous n’avons toujours pas d’ARV de 2e ligne (à prendre quand le patient développe une résistance au premier traitement), et même avant le tremblement de terre, 43.000 personnes étaient sans traitement ».

Cependant toutes ces associations s’accordent sur la nécessité d’intégrer toute la population au processus de reconstruction.

« Une approche inclusive de toute la société pour renforcer le système de santé est le meilleur moyen de soutenir la prévention et le traitement du VIH/sida », déclarent dans un communiqué commun Gheskio, MSH, Global Health Council et Partners in Health, les principales ONG présentes en Haïti dans le domaine de la santé.

« Intégrez-nous dans vos programmes! », réclame à destination du gouvernement et des organisations internationales Edner Boucicaut tout en dénonçant le manque de coordination dans les programmes des ONG et du gouvernement.

Très critiques envers les autorités publiques haïtiennes, les petites associations attendent davantage de Bill Clinton, émissaire spécial de l’ONU en Haïti, que de leur propre président René Préval.

 

AFP

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *