La BRH fait état de la situation macroéconomique : Haïti entre risques et incertitude

Dans la chronique d’hier on avait fait référence à deux reprises de la note monétaire de mars 2014 de la BRH. Maintenant, dans la chronique de ce matin, on va essayer de voir globalement les principaux points et indicateurs qui peuvent éventuellement nous donner une idée de la situation économique, mais un peu plus macroéconomique d’Haïti notamment entre Janvier et mars 2014.

En effet, au deuxième trimestre de l’exercice 2014, la situation du secteur externe de l’économie haïtienne s’est dégradée par rapport à la même période de l’exercice précédent. Ainsi, le déficit commercial s’est porté à 757,2 millions de dollars américains, soit une hausse de 1,36 % par rapport à la même période de l’exercice antérieur. Cette évolution s’explique par la baisse des exportations et la stagnation des importations. En effet, les exportations de biens et services pour le premier trimestre de cet exercice ont été estimées à 354,34 millions de dollars contre 364,29 millions au cours de la même période de 2012 ce qui correspond à une baisse de 2,7%. Les importations ont été chiffrées à 1,1 milliard de dollars soit le même montant de 2012 à pareille époque.

Au niveau des finances publiques, les recettes fiscales cumulées pour les six premiers mois de l’exercice fiscale 2013-2014 (Octobre à mars) ont été chiffrées à 23,28 milliards de gourdes contre 22 milliards de gourdes à la même période de 2012-2013 soit une hausse de 5,8 %. Toutefois, le rythme de progression des dépenses publiques a été plus prononcé avec un taux de croissance de 13,5 % en s’établissant, en valeur cumulée d’octobre au 26 mars 2014, à 33 502 MG de gourdes contre 29 517 MG à la fin du mois de mars 2013. Cette évolution a entrainé une dégradation de la situation des finances publiques. En clair, le déficit budgétaire a augmenté. Ce qui a entrainé un financement monétaire de la BRH au 26 mars 2014 de 3,1 milliards de gourdes contre 335,7 millions en mars 2013. Soit 9 fois plus élevé en un an. C’est une pente extrêmement dangereuse d’accélérer dans le financement monétaire car il peut conduire a une l’incitation à réaliser des investissements ayant une rentabilité économique nulle et une incitation à ne jamais corriger les déficits publics.

Au cours du deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2014, l’un des faits saillants ayant caractérisé la conjoncture économique nationale est la volatilité du taux de change dans un contexte de décélération continue de l’inflation. En effet, après une période d’accalmie pendant laquelle le taux de change de fin de période a affiché une remarquable stabilité en évoluant autour de 43,75 gourdes pour un dollar américain, au début du deuxième trimestre de cet exercice cette situation a été renversée. Le taux de change de fin de période a repris sa remontée en janvier 2014 pour atteindre en en avril 45 gourdes pour un dollar mars en dépit de la forte croissance de 13,40% des transferts sans contreparties (de la diaspora).

En outre, la Banque Centrale a fait des interventions sur le marché des change en réalisant des ventes nettes de 16.5 millions de dollars américains dans le but de conforter l’offre de devises sur ce marché. Cette vente de devises a permis à la banque centrale d’absorber un montant de liquidité équivalent à plus de 700 millions de gourdes.

Parallèlement, l’inflation a poursuivi l’orientation baissière amorcée depuis mai 2013 en s’inscrivant à 3.2 % en février 2014 après avoir stagné à 3.4 % pendant les trois derniers mois.

En ce qui concerne les agrégats monétaires, la dégradation de la situation des finances publiques ayant conduit à une augmentation de 28,7 % du financement de la BRH a affecté les créances sur le gouvernement central qui ont progressé de 38 %, un rythme toutefois moindre que celui du trimestre précédent (44,9%). Du côté des avoirs extérieurs nets, une baisse de 4,2% a été constatée suite, notamment, due aux interventions à la vente sur le marché des changes et aux paiements réalisés en faveur de la firme E-Power pour la fourniture d’électricité. Ces deux principaux facteurs combinés ont contribué à des replis de 1,63% de la base monétaire telle que définie dans la FEC et de 2,39 % de la base monétaire au sens large.

Quant à la monnaie en circulation, elle accuse une baisse de 10,02 % suite au pic saisonnier qui la caractérise généralement en décembre. Quand on la compare cependant au niveau de novembre, une hausse de 6,17 % est observée.

En ce qui a trait au système bancaire haïtien, ce système continue à afficher de très bonne performance selon la note monétaire de la BRH puisque les principaux indicateurs financiers témoignent d’un système relativement sain et solide. En effet, le bénéfice net cumulé pour les quatre premiers mois (Octobre 2013 – Janvier 2014) de l’exercice 2013-2014 a atteint 771.4 millions de gourdes, soit une hausse de 10.7 % par rapport à la même période de l’exercice précédent. Cette évolution positive a été d’une part soutenue par les « Revenus d’intérêt » qui ont crû de 14, 0 %, à 1.9 milliards de gourdes et d’autre part par les « Revenus nets d’intérêt » sur les prêts.

Du côté du bilan du système bancaire établi à 175.9 milliards de gourdes en janvier 2014, une hausse de 2.2 % a été constatée par rapport au 1er trimestre de 2014. Cette situation est surtout due à la croissance des dépôts à vue du système qui sont passés de 69.5 milliards de gourdes en décembre 2013 à 72.4 milliards de gourdes un mois après soit une croissance de 4,17%. Par ailleurs, la part des prêts nets dans l’actif total du système bancaire a baissé de 1.03 % pour se fixer à 36.16 % en janvier 2014. Cette situation traduirait la réallocation des ressources du système bancaire dans d’autres activités beaucoup plus rentables et non pas a du crédit aux entreprises et entrepreneurs.

Donc, la part de crédit accordée aux agents économiques et aux entreprises par rapport aux dépôts du système a baissé pour atteindre 42.43 % en janvier 2014 contre 43.90 % un mois plus tôt.

Globalement, il faut dire qu’il y a quelques points positifs dans cette note de la BRH, mais toutefois, il y a des aspects très importants ou les risques sont énormes notamment le déficit budgétaires avec des dépenses qui ne cessent d’augmenter en inadéquation avec les recettes, le financement monétaire de la BRH pour financer le déficit croissant, le déficit commercial qui augmente, la gourde qui se déprécie en vitesse, le crédit aux entreprises déjà insuffisante est a la baisse. Il nous faut inévitablement une meilleure gouvernance économique, avec un comportement plus rationnel, responsable et non pas de la gouvernance par tâtonnement pour des résultats aléatoires, pendant que les vrais problème de pauvreté et de chômage demeurent et persistent.

Chiffre pour aujourd’hui: 3,3 milliards,

Les dépôts totaux du système bancaire haïtien sont dans l’ordre de 3,3 milliards de dollars américains, contre 4,5 milliard de la première banque de la République dominicaine en termes d’actifs, Banco Popular Dominicano, cela veut dire en termes clairs, la première banque dominicaine a un volume de dépôt bancaire plus élevé que tout le système haïtien.

Etzer EMILE, M.B.A

Radio Vision 2000

etzeremile@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *