Haïti menacé d'instabilité politique après la destitution du premier ministre

La destitution, vendredi 30 octobre, du premier ministre d’Haïti, Michèle Pierre-Louis, a fait ressurgir le spectre de l’instabilité politique dans ce pays, le plus pauvre des Amériques. Dix-huit sénateurs (sur un total de 29), appartenant pour la plupart au parti présidentiel, L’Espoir, ont voté une motion de censure contre le gouvernement de Mme Pierre-Louis. Le chef de l’Etat, le président René Préval, a désigné quelques heures plus tard le ministre de la planification du gouvernement sortant, Jean-Max Bellerive, pour être le prochain chef du gouvernement.

Les sénateurs ont accusé le gouvernement de Mme Pierre-Louis de n’avoir pas répondu aux attentes de la population. Le sénateur Joseph Lambert a qualifié la gestion gouvernementale de « catastrophique », évoquant « une situation d’insécurité grave et le drame de la faim ».

Ce sont les sénateurs de l’opposition qui ont défendu Mme Pierre-Louis, mettant en garde contre « le risque d’une nouvelle crise politique ». L’un d’eux, Youri Latortue, a jugé le vote « inconstitutionnel ». Il a appelé le premier ministre à ignorer la motion de censure et à rester en fonctions.

A la suite d’émeutes de la faim au printemps 2008, le premier ministre de l’époque, Jacques-Edouard Alexis, avait été renversé par une motion de censure. Il avait fallu près de six mois de marchandages pour nommer sa remplaçante, Michèle Pierre-Louis. Le vide du pouvoir avait paralysé la coopération internationale. La Mission des Nations unies en Haïti (Minustah ; 9 000 casques bleus) a salué le travail de Mme Pierre-Louis. La Mission, dont le mandat a été renouvelé pour un an à la mi-octobre, a alerté sur l’instabilité qui mettrait en péril « les perspectives prometteuses en matière d’investissements et de création d’emplois ».

LA CONFIANCE RÉTABLIE

Début octobre, l’ancien président des Etats-Unis Bill Clinton avait rassemblé plusieurs centaines d’investisseurs étrangers en Haïti. Emissaire spécial des Nations unies pour Haïti, il avait évoqué « un grand moment d’opportunité » grâce à la stabilité retrouvée.

Le premier ministre sortant, Michèle Pierre Louis, une économiste de 62 ans, a longtemps dirigé Fokal, une fondation (financée par la fondation de George Soros) qui a multiplié les programmes sociaux.

Plusieurs diplomates avaient exprimé leur préoccupation avant le vote contre Mme Pierre-Louis, qui avait gagné la confiance des bailleurs de fonds. La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, avait même téléphoné au président Préval pour renouveler le soutien des Etats-Unis à Michèle Pierre-Louis, selon le Miami Herald. Plusieurs sénateurs réputés proches du chef de l’Etat ont mis en cause la gestion d’un fonds d’urgence de 197 millions de dollars accordés par le gouvernement vénézuélien dans le cadre du programme Petrocaribe après les dévastations provoquées par quatre ouragans en 2008.

« Si je dois sortir, je sortirai la tête haute », affirmait Michèle Pierre-Louis dans un message radiodiffusé, deux jours avant le vote de censure du Sénat. Cette femme réputée intègre a réclamé « trois audits croisés pour faire la lumière sur ce programme d’urgence ».

Jean-Michel Caroit [Le Monde]

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