Enseignement supérieur des sciences et la technologie comme facteurs de croissance: Une bonne leçon africaine pour Haïti

La Banque mondiale et le gouvernement du Rwanda ont organisé hier jeudi 13 mars à Kigali un forum de haut niveau sur l’enseignement supérieur des sciences, de la technologie et de l’innovation, sous le thème « Accélérer les ambitions de l’Afrique ».

Des ministres de l’éducation, des experts issus tant du gouvernement que du monde académique et du secteur privé y ont débattu des moyens de former des ingénieurs et techniciens qualifiés ainsi que du personnel médical. Ce forum entendait poursuivre l’objectif de modernisation de l’enseignement supérieur sur le continent africain afin qu’il puisse répondre de manière adéquate aux besoins du secteur privé et du développement socio-économique.

En effet, alors que l’Afrique subsaharienne est en plein essor, le continent aura besoin de millions d’ingénieurs rien que pour atteindre un seul des objectifs du millénaire pour le développement : l’accès à l’eau potable et à des installations sanitaires appropriées. La quasi-totalité des 48 pays d’Afrique subsaharienne souffrent en effet d’une pénurie d’ingénieurs, de chercheurs, de professionnels de la santé et de techniciens qui dans leur majorité évoluent dans les pays européens, aux US, ou au Canada.  Dans l’optique de combler cette lacune, le gouvernement du Rwanda, un leader dans les domaines des sciences et de la technologie dans cette région, a pris cette initiative en collaboration avec la Banque mondiale.

Dotés d’une solide formation dans ces disciplines de science et technologie, les jeunes diplômés dans leurs pays respectifs peuvent non seulement ajouter de la valeur aux produits transformés pour les rendre plus compétitifs, mais également ils peuvent aider leurs pays à trouver des solutions efficaces, rentables et locales à des problèmes de développement urgents liés à la pauvreté, à la sécurité alimentaire, aux changements climatiques, à l’urbanisation et à la santé.

Ce forum démontre en effet la volonté des dirigeants africains notamment du Rwanda de faire en sorte que les Africains aient accès à un enseignement scientifique et technologique de très haut niveau pour ainsi se positionner sur le marché mondial.

Makhtar Diop, le vice-président de la Banque mondiale pour la Région Afrique dans son discours d’ouverture hier a rappelé qu’après une décennie de croissance économique exceptionnelle en Afrique, où le PIB a augmenté en moyenne de 4,5% par an au cours de la dernière décennie, il est temps de construire des économies encore plus diversifiées et compétitives bâties sur la science et la technologie.

Plus précisément, ce forum s’était penché surtout, sur le contenu des cursus universitaires et sur les compétences nécessaires pour répondre aux attentes du marché et contribuer ainsi à la croissance et au développement de l’Afrique. Les systèmes universitaires de nombreux pays africains sont encore avec des programmes obsolètes qui sont conçus pour produire des fonctionnaires/bureaucrates et mettent l’accent sur les disciplines non scientifiques, accessibles seulement à une minorité d’élèves. Une réalité qui n’est pas différente de la notre.

Aujourd’hui, les pays africains veulent inverser la tendance pour permettre à l’Afrique d’occuper la place qui lui revient dans un contexte d’économie mondiale entièrement intégrée.

En effet, le lien entre savoir technologique et croissance économique est évident. L’exploitation des nouvelles technologies accroît la productivité et améliore les perspectives d’emploi ainsi que la possibilité de progresser dans la chaîne de valeur de la production. Les études montrent que plus de 60 % des disparités entre les pays en matière de taux de croissance et de revenus résultent de différences en matière de productivité totale, lesquelles découlent quant à elles de disparités sur le plan technologique.

A titre d’exemple, par rapport aux pays à faible revenu, les pays membres de l’OCDE ont, selon les estimations, par habitant, 12 fois plus de scientifiques et d’ingénieurs travaillant dans la Recherche et Développement (R&D). Et ils publient 25 fois plus d’articles dans des revues scientifiques que les chercheurs des pays à faible revenu. Pour être plus compétitive, développer les échanges et supprimer les barrières commerciales, Haïti doit suivre cette mouvance et capitaliser sur les compétences en sciences et technologie. Ce changement de cap constituera également un facteur d’attraction pour les IDE, car avoir des compétences en science et technologie est un atout pour un pays voulant bénéficier des IDE. Donc, l’investisseur n’aura pas à importer des compétences pour un cout plus élevé.

Pour y arriver, Le signal doit être donné à l’école primaire, avec le renforcement des aptitudes en mathématiques et en science et encourager cette dynamique au niveau secondaire. Il faut investir entre autre dans le développement des programmes de formations de qualité et encourager une plus bonne implication des universités dans les questions contemporaines du pays.  Donc, la modernisation de l’université haïtienne nécessite une orientation vers les sciences et la technologie. Sinon on continuera par se contenter de fameux prix en poésie, en littérature et en peinture ou en musique au niveau internationale  et rester non compétitif dans les sciences et la technologie alors que que d’autres pays augmentent continuellement leur nombre de scientifique par habitant est devenu un facteur de croissance et de développement.

La reproduction du statuquo en terme de modèle d’éducation est fatale pour le pays car il génère un développement mitigé et une croissance économique au rabais dans un monde modernisé et globalisé, alors que les pays asiatiques l’avaient bien compris le rôle des sciences et la technologie depuis des décennies.

Chiffre pour aujourd’hui

41,6%

41,6% des enseignants d’université dans les institutions supérieures privées en Haïti ne détiennent qu’une licence comme qualification académique contre 33,5% a l’UEH. Preuve qu’on est encore très loin de la dynamique de recherche, de science, de technologie de haut niveau dont on parle. La route est encore longue.

Etzer EMILE, M.B.A

Radio Vision 2000

etzeremile@gmail.com

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