La surveillance sismique en Haïti reste insuffisante

Source Propos recueillis par Marie Jaëlle Kerstine Jennifer Duclair | lenational.org

La menace sismique est toujours d’actualité en Haïti. Les sismographes installés après 2010 sont majoritairement dysfonctionnels. Le pays ne dispose donc pas d’outils nécessaires pour la surveillance des plaques tectoniques. Le docteur Symithe Steeve Julien, géophysicien au Bureau des mines et de l’énergie (BME), collaborateur au Laboratoire national du bâtiment et des travaux publics (LNBTP) et au Centre national d’information Géo-spatiale (CNIGS), a accepté de faire état du problème pour le journal Le National.

Le National : Haïti est-elle toujours sous la menace sismique ?

Symithe Steeve Julien : Haïti est situé dans la partie nord de la frontière de la plaque caraïbe. Dans cette zone, la plaque nord-américaine glisse en dessous de la plaque caraïbe, ce qui implique des déformations importantes dans la croute terrestre. Ces déformations accumulées sur une longue période tendent à casser ces croutes pour créer des failles ou provoquer des glissements brusques. Ce phénomène a un caractère récurrent, ce qui explique les séismes qui ont ravagé plusieurs régions du pays dans le temps et plus récemment le séisme du 12 janvier détruisant plusieurs villes de Port-au- Prince et la ville de Léogâne. Vu notre position géographique, Haïti continuera à enregistrer des séismes plus ou moins importants dans le futur.

 L.N. : Y a-t-il des failles qui méritent une plus grande attention que d’autres de par leur intensité ?

S.S.J. : Toutes les failles géologiques méritent notre attention. Cependant certaines failles étant plus longues et profondes que d’autres, elles occasionnent de plus importantes activités. Se basant sur les statistiques dans le passé, on a enregistré des séismes majeurs sur différentes sections de ces failles, mais des microséismes ont aussi eu lieu.

L.N. : Les sismographes dysfonctionnels peuvent-ils nuire à la surveillance sismique ?

 S.S.J. : L’absence de sismographes sur le territoire haïtien nous a empêchés d’enregistrer les mouvements et les secousses du sol pendant le séisme du 12 janvier. Ces informations, une fois enregistrées en quantité suffisante, peuvent être utilisées par les chercheurs pour déterminer le niveau des secousses que vont provoquer les séismes futurs. Elles servent aussi à orienter un ingénieur qui doit assurer la construction de bâtiments, de ponts ou toute structure qui doit résister aux secousses durant un tremblement de terre. Depuis 2010, l’Unité technique en sismologie (UTS), avec l’aide d’acteurs internationaux, a pu installer 25 sismographes, mais seulement quatre sont fonctionnels. Ces appareils installés, mais non opérationnels font défaut à l’État haïtien et la communauté scientifique haïtienne qui nécessitent des informations enregistrées sur les sismographes pour améliorer leur connaissance au niveau du risque sismique qui menace la population haïtienne.

L.N. : Vu qu’un problème financier est à l’origine du dysfonctionnement des sismographes, 7 millions de gourdes sont allouées au Bureau des mines et de l’énergie pour la surveillance sismique dans le budget 2017-2018, avez-vous un plan d’action pour la répartition de cette somme ?

S.S.J. : Pour maintenir les stations opérationnelles, ce qui implique d’enregistrer les données et les acheminer à une base de données qui existe au sein de l’UTC du BME, il faut déplacer des techniciens et remplacer les pièces défectueuses ou manquantes. Une telle opération a un coût financier que le BME ne peut couvrir vu son budget maigre. Cette allocation permettra de remettre en marche les stations dysfonctionnelles, mais des difficultés liées aux coupures de courant et de sabotage causent bon nombre de pannes relatives aux stations que couvrira une bonne partie du montant. Un appui financier régulier doit être accordé a l’UTS pour gérer ses dépenses ainsi qu’au LNBTP et autres groupes de recherches scientifiques de la faculté des sciences (FDS) pour assurer un travail satisfaisant.

L.N. : Si nous devrions affronter un autre séisme, l’ampleur des dégâts serait-elle la même que celui du 12 janvier 2010 ?

 S.S.J : Des cartes micro-zonages dans la région de Port-au-Prince qui permettent aux ingénieurs d’identifier les zones dotées des caractéristiques optimales pouvant résister aux séismes et aux autorités de planifier le développement des villes sont disponibles. Malgré tout, nous ne sommes pas réellement préparés à affronter………………………..lire la suite sur lenational.org

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