Pénurie de carburant : le budget de fonctionnement des hôpitaux a explosé, selon plusieurs sources

Les hôpitaux ont dû se démener comme un diable dans un bénitier pour affronter la pénurie du carburant qui sévit en Haïti depuis plusieurs mois. Plusieurs responsables de structures sanitaires contactés par Le Nouvelliste ont indiqué que les coûts de fonctionnements ont augmenté de manière exponentielle. Dans certains cas, certains hôpitaux ont dû se résigner à repousser l’exécution de certains projets, ou à ne pas recruter de nouveaux staffs. Ce, pour compenser les dépenses imprévues résultants de l’augmentation du prix du diesel sur le marché informel.

Les hôpitaux Saint Luc et Saint Damien consomment en moyenne 8000 gallons de diesel par mois. Selon le Dr Marc Edson Augustin, directeur de l’hôpital Saint Luc, il a fallu énormément de gymnastiques pour permettre à l’institution de continuer à servir la population. « De novembre 2021 à septembre 2022, les prix ont pratiquement quadruplé au niveau formel. De plus, dans le contexte de la pénurie, nous avons payé jusqu’à 2000 gourdes pour le gallon de diesel. On a même dû acheter des stocks en République dominicaine. Cela implique aussi des dépenses pour le transport. Lors des raretés, nous avons dû recourir au marché informel. Donc, de novembre 2021 à aujourd’hui, nous avons dépensé 4 fois plus pour le carburant », a décrit Augustin.

Ralph Ternier de l’Hôpital universitaire de Mirebalais a décrit une situation quasi-similaire. Selon lui, les dépenses de carburant ont explosé cette année. « Nous sommes contraints de consacrer tous nos fonds additionnels et nos économies dans les dépenses pour le carburant. Parce que nous ne voulons pas arrêter nos services. C’est notre priorité. Nous nous approvisionnons en République dominicaine, sur le marché informel ou chez certains fournisseurs locaux. Certaines fois nous sommes obligés de payer le produit au prix fort », a expliqué le Dr Ternier.

L’augmentation des dépenses relatives au carburant n’est pas sans conséquences sur les finances de ces hôpitaux. L’hôpital Saint Boniface qui confronte le même problème a été contraint d’arrêter certains services. « Certaines fois nous payons le produit à un prix exorbitant chez les détaillants. Quand c’est possible, nous allons l’acheter à Carrefour. Nous avons également un ancien fournisseur qui nous le fait livrer quand il arrive à passer à Martissant ou à faire le plein à Thor. Cependant, la pénurie du carburant reste une préoccupation pour nous et nos dépenses ont augmenté. C’est un vrai problème. Pour faire face à la situation, nous avons diminué nos soins. Nous avons arrêté les chirurgies sélectives pour accorder priorités aux chirurgies d’urgence », a indiqué une source au niveau de cet hôpital requérant l’anonymat.

L’hôpital Bernard Mevs a réduit sa consommation en carburant pour faire face à l’augmentation des prix et la pénurie. C’est ce qu’a expliqué une source, contactée par Le Nouvelliste. « Nous n’achetons pas le carburant les yeux de la tête sur le marché informel. En septembre, nous avons mis en place un plan d’urgence qui consiste à une réduction des services. Entre-temps, suivant les recommandations d’un expert, nous avons pu réduire notre consommation en énergie. Puisque notre CT Scanner est en panne, nous utilisons une moins puissante génératrice. Dans certains espaces, nous remplaçons les climatiseurs par des ventilateurs. On fait de notre mieux pour gérer la crise », a expliqué cette source au Nouvelliste.

L’hôpital universitaire de Mirebalais a dû faire des coupures dans son budget et sollicité de ses donateurs une levée de fonds afin d’affronter cette situation. Selon le Dr Ternier, son institution a repoussé à l’année prochaine certains projets. « Nous avons fait des choix dans notre budget. Nous avons ajourné certaines activités ou certains projets. Nous avons mis sur pause un ajustement salarial que nous avons prévu de faire. On n’a pas pu faire de recrutements », a révélé le Dr Ralph Ternier.

Pour sa part, le Dr Marc Edson Augustin a fait part de ses inquiétudes pour le fonctionnement de l’hôpital Saint Luc l’année prochaine. « Nous avons dépensé plus que ce que nous avons prévu parce que nous avions des responsabilités envers nos patients. Nous sommes très inquiets pour le budget de 2023. Nos réserves sont très affectées. Nous sommes obligés de faire des calculs et nous avons des appréhensions pour l’année prochaine. Nous envisageons de nous tourner vers les énergies renouvelables afin de diminuer notre dépendance vis-à-vis du diesel », a fait savoir le Dr Augustin.

 

 

 

Source; Le Nouveliste

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