Haïti-Élections 2026 : Entre avancées fragiles et menaces persistantes
En dépit de quelques avancées, le processus électoral reste confronté à une série de problèmes non résolus, alors que les élections générales sont prévues pour le 13 décembre 2026, relève l’agence en ligne AlterPresse.
Dans une note publiée le lundi 21 septembre pour vanter l’état d’avancement du processus, le Conseil électoral provisoire (Cep) indique que 30 structures politiques agréées, 18 partis et 12 groupements, ont soumis la liste de leurs 30 000 membres, adhérents ou sympathisants.
La plateforme d’inscription des candidats fait état de 7 candidatures à la présidence, 162 au Sénat et 419 à la députation.
Le processus d’enregistrement en ligne et de dépôt des pièces, entamé le 20 août 2026, se poursuit jusqu’au 9 octobre, ajoute le Cep.
Accusations d’utilisation « frauduleuse » de données personnelles
Mais l’institution électorale est restée silencieuse face aux dénonciations de plusieurs partis et regroupements politiques concernant des cas présumés d’utilisation d’identité personnelle, liés à l’inscription des 30 000 membres exigés.
Neuf responsables politiques, par l’intermédiaire de leurs avocats, ont sommé le Cep de communiquer, dans trois jours francs, les noms des partis et dirigeants ayant utilisé leurs données personnelles (nom, prénom, numéro d’identification nationale unique).
Dans un exploit daté du 14 septembre 2026, les requérants ont souligné qu’un procès-verbal de constat dressé le 11 septembre par un juge de paix de Pétionville fait état de l’utilisation de leurs données personnelles par des tiers dont l’identité n’est pas connue.
Faute de réponse dans le délai imparti, des poursuites judiciaires pourraient être engagées pour usurpation d’identité, faux et usage de faux, abus d’autorité, ont- ils prévenus.
Le Forum des neuf en alerte
Ces responsables, faisant partie du Forum des neuf groupements politiques agréés ont exhorté le Cep à corriger plusieurs failles du processus.
Dans une lettre adressée le 10 septembre au président Jacques Desrosiers, le Forum a dénoncé le faible niveau des inscriptions électorales, les difficultés liées à la participation des personnes déplacées et les problèmes soulevés par le système de vérification des membres des partis et groupements politiques..
Le Forum propose de remplacer l’exigence des 30 000 membres par un mécanisme de parrainage nominatif de 5 000 électeurs et appelle à une rencontre entre le Cep, le pouvoir en place et les acteurs politiques pour discuter du décret électoral, du calendrier, de l’inscription des électeurs et de la représentativité politique..
Il met en garde contre une possible « catastrophe électorale » si le processus devait se poursuivre dans les conditions actuelles.
Des organisations de défense des droits humains exigent, elles, la publication intégrale et transparente des listes d’adhérents, un audit financier des ressources utilisées par le Cep ces deux dernières années, ainsi qu’une évaluation indépendante du personnel des directions des opérations électorales et des affaires juridiques, afin de garantir la neutralité du processus.
Le dispositif électoral se met en place
Le CEP, de son côté, fait état de plusieurs avancées dans la mise en place du dispositif électoral.
L’institution électorale rappelle que 1 285 centres d’inscription et de vote (Civ) sont opérationnels à travers le pays dont 117 dans la Grand’Anse, 132 dans le Sud-Est, 168 dans le Sud, 105 dans les Nippes, 104 dans le Nord-Est et 148 dans l’Ouest.
Au 21 septembre, 628 755 électeurs étaient inscrits, soit plus de 10 % de l’électorat potentiel.
Les départements du Sud-Est, de la Grand’Anse et des Nippes affichent les meilleurs taux d’inscription avec respectivement 16 %, 15 % et 14,5 %.
Le Cep affirme avoir recruté et formé 2 853 agents du registre électoral (Adre) et 4 643 agents de sécurité électorale (Ase).
Il a également annoncé avoir clôturé, le jeudi 17 septembre, une série de formations sur le contentieux électoral à l’intention de plus de 1 000 commissaires et juges électoraux dans neuf départements.
Un scrutin menacé par les gangs
Mais malgré ce dispositif, le contexte reste marqué par la violence des gangs armés, provoquant des déplacements massifs et menaçant la tenue des élections.
Le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh) a rapporté que des membres de la coalition Viv Ansanm ont commis deux massacres en juillet et août 2026 à Kenscoff, causant la mort de 164 personnes et la disparition de dizaines d’autres.
Dans ce climat délétère, une question demeure : comment l’État pourra-t-il garantir la sécurité des élections alors qu’il peine à protéger la population civile jusque dans ses foyers ?
Les difficultés d’accès aux centres d’inscription et de vote, pour une partie de la population vivant dans des zones toujours sous l’emprise de groupes armés, ne risquent-elles pas d’accentuer les disparités et d’aggraver la faible confiance dans le processus électoral

