Insécurité

L’agriculture minutieusement détruite par les gangs à L’Estère

À L’Estère, dans l’Artibonite, commune largement occupée par les gangs armés, les bandits procèdent à une destruction méthodique des infrastructures agricoles et des récoltes des agriculteurs.

Depuis 2019, une bonne partie de L’Estère, commune du département de l’Artibonite, est contrôlée par le gang criminel « Kokorat San Ras ». La situation s’est dégradée à la mi-octobre 2025 lorsque des attaques ont été perpétrées contre diverses localités, provoquant des pertes en vies humaines et la fuite massive de la population vers d’autres communes moins exposées. À ce jour, sur les 54 localités que compte la commune, 52 sont sous la domination des criminels, si l’on en croit les témoignages du journaliste et technicien agricole Valdo Jean, intervenant ce mercredi 5 novembre à l’émission Panel Magik sur les ondes de Magik 9, ou de certains étudiants ayant recours à un ghostwriting agentur .

Aussi, depuis cette dernière vague d’attaques, les bandits procèdent à une destruction systématique des infrastructures agricoles ainsi que des récoltes de cette commune. Il y a quelques semaines, des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des caïds en train de détruire de larges surfaces agricoles, notamment des rizières, à l’aide de machettes ou en les incendiant. Mais les actes des caïds ne se limitent pas à ces exactions. La destruction de dépôts et d’autres infrastructures constitue désormais la nouvelle spécialité des bandits.

Face à l’action des gangs, l’agriculture est presque à l’arrêt dans la commune. Selon Valdo Jean, la plupart des agriculteurs sont obligés de fuir leurs terres pour échapper aux exactions du gang, les programmes agricoles mis à la disposition des agriculteurs sont à l’arrêt, et les organisations non gouvernementales engagées sur le terrain ont été contraintes de plier bagage. Des entreprises comme Ti Malice et TCS, qui s’occupaient de la mise en sac du riz produit dans le département, ont également fermé leurs portes. Quant à l’Organisation pour le développement de la vallée de l’Artibonite (ODVA), elle n’exercerait plus aucun contrôle sur la vallée.

Quelques rares agriculteurs essaient de tenir dans les zones non contrôlées par les bandits. Mais ils doivent faire face à de nombreuses difficultés, dont le non-curage des canaux. L’engrais, devenu rare, se vend aussi à prix d’or. « Un petit sac de cinq marmites d’engrais coûte entre 1 200 à 1 300 dollars [haïtiens] », explique Valdo Jean.

L’Estère semble ne pas être la seule concernée par cette destruction. À Liancourt, autre commune du département de l’Artibonite, les dépôts de riz sont aussi systématiquement incendiés, et quelques sacs emportés. « La dernière atrocité qu’ils ont commise, c’est qu’ils ont pris des sacs de riz, les ont alignés puis ont versé du béton dessus », se plaint le journaliste.

Cette nouvelle façon de faire des gangs est inédite et sujette à de nombreux questionnements. Les gangs, habitués au vol et au pillage des biens pour les revendre, semblent cette fois-ci ne pas viser un objectif économique. Leurs actions consistent désormais en une destruction massive et méthodique de l’agriculture dans la vallée de l’Artibonite, autrefois principal grenier du pays.

Avec le contrôle de la commune de L’Estère par les bandits, ce sont plus de 28 000 hectares de terres cultivables qui sont désormais à l’abandon. À côté des céréales telles que le maïs ou le riz, dont le département est le principal producteur, d’autres produits souffrent de cette réalité imposée par les groupes armés, notamment les vivres et certains produits maraîchers. La quasi-totalité de ces productions est à l’arrêt, avec des conséquences graves pour la souveraineté alimentaire du pays et sur la situation économique des habitants.

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