{"id":96139,"date":"2021-01-12T18:47:47","date_gmt":"2021-01-12T23:47:47","guid":{"rendered":"https:\/\/radiotelevision2000.com\/home\/?p=96139"},"modified":"2021-01-12T18:47:47","modified_gmt":"2021-01-12T23:47:47","slug":"des-personnes-handicapees-oubliees-dans-un-camp-depuis-2010","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/radiotelevision2000.com\/home\/?p=96139","title":{"rendered":"Des personnes handicap\u00e9es oubli\u00e9es dans un camp depuis 2010"},"content":{"rendered":"<p>Il est 11 heures du matin quand, accompagn\u00e9 de notre facilitateur, nous sommes arriv\u00e9s au camp Lapis. Le soleil brille de mille feux. Une chaleur torride cr\u00e9e de la surprise \u00e0 cette p\u00e9riode hivernale. Comme si par cette chaleur ardente l\u2019astre du jour voulait gommer les empreintes de la pr\u00e9carit\u00e9 retrouv\u00e9es \u00e0 tous les coins du camp. Apparemment, ce n\u2019est pas ce soleil qui rendra moins p\u00e9nible la mis\u00e8re qui pr\u00e9vaut dans ce milieu. D\u2019ailleurs, au camp Lapis, elle est plut\u00f4t manifeste. La mis\u00e8re respire. Elle se meut comme pour ne pas passer inaper\u00e7ue. Elle est visible dans chaque regard crois\u00e9, dans chaque voix entendue, dans chaque silhouette qui bouge dans ce camp du bas Delmas.<\/p>\n<p>Ici, ils sont environ 200 handicap\u00e9s qui essaient, d\u00e9pourvus de moyens, de ne pas mourir. Ils sont l\u00e0 d\u00e8s le lendemain du cataclysme du 12 janvier 2010.\u00a0Leurs maisons sont des \u00ab Chelters\u00a0\u00bb construits depuis 2010 et qui ne devaient durer que deux ans. Apr\u00e8s 11 ann\u00e9es, ces maisons de fortune ne sont que des taudis incapables de servir r\u00e9ellement d&rsquo;abris quand il commence \u00e0 pleuvoir. Pour la plupart, les toits sont couverts de b\u00e2ches ab\u00eem\u00e9es alors que les enceintes en bois sont rapi\u00e9c\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<p>La route principale trac\u00e9e au milieu de ce camp est jonch\u00e9e de toutes sortes de d\u00e9chets. La poussi\u00e8re qui se l\u00e8ve sous les pieds des enfants qui courent de part et d\u2019autre est une calamit\u00e9. Pourtant T\u00e9l\u00e9maque Altesse y passe ses journ\u00e9es assis sur une chaise en paille qui ne cache pas non plus la pr\u00e9carit\u00e9 de la zone. C\u2019est un manchot. Avant m\u00eame d&rsquo;ouvrir la bouche, ses v\u00eatements d\u00e9labr\u00e9s en disent d\u00e9j\u00e0 long sur sa situation. Larmes aux yeux, cet homme nous raconte ses d\u00e9boires.<\/p>\n<p>Le camp des oubli\u00e9s<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Personne ne pense \u00e0 nous ici. Je n\u2019en peux plus. Je ne vis plus\u00a0\u00bb, se plaint-il, incapable de suspendre les larmes qui viennent mouiller son visage. Sa femme est morte au camp, il n\u2019a plus personne. Sa maison de fortune a \u00e9t\u00e9 incendi\u00e9e, il a tout perdu. Ce sont des voisins qui l&rsquo;h\u00e9bergent depuis. Ses trois enfants sont plac\u00e9s \u00e7\u00e0 et l\u00e0 chez des membres de sa famille qui acceptent de lui venir en aide.<\/p>\n<p>Au camp Lapis, les personnes vivant avec un handicap\u00a0 sont priv\u00e9es de presque tout. Ce sont des oubli\u00e9s, \u00e0 en croire Luckner Andr\u00e9, coordonnateur g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Association des personnes handicap\u00e9es pour la promotion du sport (APHAPS). Sur ses b\u00e9quilles, Luckner a l\u2019air de se passer de sa jambe droite dont il est amput\u00e9. C\u2019est un homme bourr\u00e9 d\u2019\u00e9nergie qui nous a re\u00e7us. Mais s\u2019il a suffisamment de courage pour vivre avec son handicap, il n\u2019en a plus assez pour vivre au camp lapis. \u00ab\u00a0Apr\u00e8s 11 ans, je dois dire que la vie n\u2019est plus possible ici\u00a0\u00bb, l\u00e2che-t-il avec l\u2019espoir que le sport va am\u00e9liorer ses conditions de vie.<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas une p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 ils re\u00e7oivent la visite des autorit\u00e9s, confie Dieufaite Joseph. Dans son bloc, il est un vrai leader; tout le\u00a0 monde le respecte au point qu\u2019il peut commander \u00e0 ses voisins d\u2019\u00e9teindre leur appareil de radio pour nous parler paisiblement. Il est en effet coordonnateur de la Cellule de r\u00e9flexion des handicap\u00e9s de l\u2019Ouest pour le d\u00e9veloppement (CEREHAOP) et pr\u00e9sident de Plaisir rara des handicap\u00e9s de l\u2019ouest (PRHO). L\u2019homme, \u00e2g\u00e9 de 56 ans, ne voit rien, mais il a trois enfants \u00e0 sa charge.<\/p>\n<p>Abandonn\u00e9s face \u00e0 la Covid-19<\/p>\n<p>Pour \u00eatre l\u00e0 depuis 2010, il conna\u00eet bien les probl\u00e8mes du camp. \u00ab\u00a0\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de la p\u00e9nurie d\u2019eau, nous n\u2019avons m\u00eame pas de latrines ici. Les gens doivent se soulager \u00e0 l\u2019air libre dans le camp\u00a0\u00bb, d\u00e9plore-t-il dans un charisme qui pla\u00eet \u00e0 tous les autres riverains qui nous entouraient. Depuis le d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie du nouveau coronavirus, ils n\u2019ont gu\u00e8re re\u00e7u de soutien des autorit\u00e9s, fustige Dieufaite Joseph, avant de rectifier que la secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat \u00e0 l\u2019Int\u00e9gration des personnes handicap\u00e9es leur a fait un don de 150 masques pour se prot\u00e9ger de la pand\u00e9mie. Une fondation de la place a install\u00e9 un point de lavage des mains \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du camp, mais cela n\u2019a servi que de jeu pour les enfants. Une fois qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019eau dans les cuves, elles ne sont plus que d\u00e9coration.<\/p>\n<p>Si au d\u00e9but le camp Lapis \u00e9tait le camp des handicap\u00e9s, actuellement ce n\u2019est plus le cas. Au contraire, les handicap\u00e9s y sont bien minoritaires maintenant. Le camp est m\u00eame contr\u00f4l\u00e9 par des hommes arm\u00e9s jusqu\u2019aux dents. Au moment o\u00f9 l&rsquo;on interroge Dieufaite Joseph, l\u2019on a pu voir une sorte de d\u00e9monstration d\u2019un jeune dans la vingtaine . L\u2019air fier, le jeune homme a d\u00e9fil\u00e9 devant tout le monde avec une arme de guerre en main. Pas moins de quatre enfants d\u2019environ 8 \u00e0 12 ans le suivent, d\u00e9termin\u00e9s, comme des apprentis qui cherchent \u00e0 appliquer chaque le\u00e7on de leur mentor.<\/p>\n<p>Vivre dans la peur<\/p>\n<p>Ces individus arm\u00e9s sont ma\u00eetres et seigneurs dans ce camp, confient les habitants. Guermann Otilus regrette cela. Il a d\u00fb abandonner les activit\u00e9s socio-\u00e9ducatives qu\u2019il avait l\u2019habitude d\u2019organiser au profit des enfants \u00e0 cause des individus arm\u00e9s qui viennent s\u2019installer dans le camp. \u00ab\u00a0Quand je travaille avec les enfants, ils pensent que j\u2019ai de l\u2019argent pour \u00e7a. Ils commencent \u00e0 poser des questions. Je me sentais en danger,\u00a0 j\u2019ai d\u00fb abandonner\u00a0\u00bb, d\u00e9plore ce jeune homme appr\u00e9ci\u00e9 de tous les handicap\u00e9s du camp. Son p\u00e8re est d\u2019ailleurs un handicap\u00e9, l\u2019un des pionniers du camp Lapis. Une vingtaine d\u2019enfants circulent dans ce camp, sans pouvoir aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des autres probl\u00e8mes, les handicap\u00e9s sont donc plong\u00e9s dans une ins\u00e9curit\u00e9 alarmante. D\u2019ailleurs, au mois de mai 2020, des individus arm\u00e9s ont incendi\u00e9 pas moins de 18 maisons de fortune dans le camp. Ils vivent pour l\u2019instant dans la peur, souhaitant \u00eatre relocalis\u00e9s. Au fait, 50 handicap\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 relocalis\u00e9s et plac\u00e9s au village Lumane Casimir. Ils esp\u00e8rent tous que ce jour arrivera o\u00f9 ils seront eux aussi envoy\u00e9s l\u00e0-bas. Mais ce qu\u2019ils ignorent, c\u2019est que la vie n\u2019est pas vraiment rose au village Lumane Casimir.<\/p>\n<p>Visite au village Lumane Casimir<\/p>\n<p>Nous sommes \u00e9pargn\u00e9s de la poussi\u00e8re et des odeurs putrides. Nous pouvons m\u00eame trouver de l\u2019ombre pour nous abriter du soleil. Au village Lumane Casimir, situ\u00e9 non loin du Morne-\u00e0-Cabris, l\u2019on peut croire que la situation des handicap\u00e9s est diff\u00e9rente. Mais quand on commence \u00e0 leur parler, on s\u2019aper\u00e7oit vite qu\u2019il n\u2019a de diff\u00e9rence que la configuration de la zone. Mais ils sont plac\u00e9s au village avec leur lot de probl\u00e8mes tout comme au camp Lapis.<\/p>\n<p>Antonise Blanc vivait au camp Lapis avant d&rsquo;\u00eatre plac\u00e9e au village Lumane Casimir. Cette m\u00e8re de trois enfants a perdu\u00a0une jambe lors du tremblement de terre. Depuis qu\u2019elle est ici, dit-elle, elle vit de l\u2019aide de certains membres de sa famille. Elle n\u2019a pas de mari. \u00ab\u00a0Ils m\u2019ont plac\u00e9e ici, mais depuis je ne vois personne\u00a0\u00bb, se plaint-elle.<\/p>\n<p>Se souvenir du 12 janvier 2010 repr\u00e9sente un supplice pour Antonise. C\u2019est le jour qui a fait basculer sa vie. \u00ab\u00a0Rien n\u2019est plus comme avant\u00a0\u00bb, soutient-elle, elle qui n\u2019arrive pas \u00e0 s\u2019en remettre. De son c\u00f4t\u00e9, Jean Robert Joseph est arriv\u00e9 au village depuis 2014, tout comme Antonise. Cet homme qui a des probl\u00e8mes visuels d\u00e9nonce qu\u2019il n\u2019a jamais rien re\u00e7u depuis son arriv\u00e9e. Au total, ils sont environ 50 \u00e0 \u00eatre plac\u00e9s au village Lumane Casimir.<\/p>\n<p>Ce 12 janvier 2021 marque le 11e anniversaire du tremblement de terre qui a fait pr\u00e8s de 300 000 victimes selon les chiffres officiels. Si le s\u00e9isme est d\u00e9j\u00e0 loin derri\u00e8re nous, il n\u2019en est pas autant pour ses s\u00e9quelles qui sont encore bien visibles dans le pays.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Source: Le Nouveliste<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est 11 heures du matin quand, accompagn\u00e9 de notre facilitateur, nous sommes arriv\u00e9s au camp Lapis. 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